Agronome et directeur des plantations à la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), Mor Talla est un professionnel engagé depuis de nombreuses années dans le développement de la filière cannière. Arrivé à la CSS en 1999 en tant que stagiaire, il est aujourd’hui agronome et de directeur des plantations. Membre du bureau de l’AFCAS depuis deux ans, il revient sur son expérience du Prix de l’innovation, qu’il a remporté en 2015, et sur l’importance de cette initiative pour la recherche appliquée dans le monde agricole.


Pouvez-vous, avec vos mots, nous présenter le Prix de l’innovation ?


Pour moi, le Prix de l’innovation représente avant tout un moyen de promouvoir la recherche agricole, et pas uniquement les centres de recherche. Il permet de mettre en lumière le savoir-faire et l’expertise des hommes et des femmes qui travaillent au quotidien dans le métier.

L’idée est aussi de montrer que la recherche appliquée peut être menée directement sur le terrain, au plus près des problématiques rencontrées par les agronomes et les professionnels de la filière.


En quelle année avez-vous participé au Prix de l’innovation ?


J’ai participé une seule fois, en 2015. Cette participation a été une expérience importante pour moi, puisque la victoire m’a notamment permis d’être invité à l’ISSCT, en Thaïlande.


Quel était le sujet de votre projet ?


Notre travail portait sur la problématique des sols salés. Nous cherchions des techniques permettant d’améliorer la qualité des sols et de réduire les effets de la salinité sur les cultures.


Nous avions notamment travaillé sur des techniques d’irrigation d’appoint. L’objectif était de montrer que ces apports d’eau supplémentaires pouvaient avoir un effet bénéfique en atténuant la salinité des sols et en améliorant les conditions de production.


J’avais lancé le sujet mais nous étions quatre au sein du groupe de travail et j’étais chargé aussi de la rédaction. Le travail scientifique réalisé sur le terrain s’est étalé sur environ deux ans. Ensuite, la rédaction, les corrections et la finalisation du rapport m’ont pris près de trois mois.


Nous avons d’abord présenté le projet en interne, à notre niveau. Nous avons ensuite estimé qu’il pouvait être proposé au Prix de l’innovation de l’AFCAS. Le dossier a alors été transmis au jury, qui l’a évalué sur différents aspects : la démarche scientifique, les résultats obtenus, la qualité de la rédaction ou encore l’apport scientifique du travail.


À l’issue de cette analyse, le jury nous a annoncé notre classement. Le prix m’a été remis lors de la journée de rencontres fin 2015, par Monsieur Goebel, président du jury et aujourd’hui Vice-Président de l’AFCAS.


Pourquoi était-il important pour vous de participer à ce Prix de l’innovation ?


Il est important de faire comprendre aux agronomes que ce type d’initiative permet de tirer l’intelligence et la rigueur scientifique vers le haut. La recherche appliquée peut être mise en place partout, y compris directement dans les entreprises et sur le terrain.


C’est également une manière de motiver les industriels et les agronomes à investir davantage dans la recherche appliquée. Il faut montrer que les professionnels disposent eux aussi d’une expertise et qu’ils peuvent contribuer à faire avancer les connaissances et les pratiques de la filière.


Qu’avez-vous pu remporter grâce à cette victoire ?


La victoire m’a permis d’être invité au congrès de l’ISSCT en Thaïlande. C’était d’ailleurs ma première expérience en Thaïlande.


Cette invitation a été une véritable ouverture pour moi. Depuis, je participe à chaque congrès de l’ISSCT et j’inscris mes collaborateurs aux Workshop. Cela m’a permis d’intégrer progressivement ce réseau, qui est aujourd’hui l’un des réseaux les plus complets dans le domaine de la canne à sucre.


Au-delà de la récompense elle-même, c’est donc surtout l’accès à un réseau professionnel et scientifique international qui a été particulièrement important.


Si vous deviez résumer le Prix de l’innovation en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?


Je dirais : expertise locale, développement de la filière et mise en valeur des jeunes talents.


Ces trois dimensions résument bien, selon moi, l’intérêt de ce prix. Il permet de reconnaître les compétences qui existent au sein de nos filières, de contribuer à leur développement et surtout de donner de la visibilité à de nouveaux talents.


Un professionnel engagé dans la filière cannière


Aujourd’hui, Mor Talla exerce les fonctions d’agronome senior et de directeur des plantations à la CSS.


Il supervise ainsi cinq départements : deux départements liés à la production irriguée, un département dédié à l’exploitation, un département de recherche et enfin un département consacré à l’aménagement. Une grande partie de son activité se déroule directement sur le terrain, au plus près des équipes et des problématiques agricoles.

Son parcours au sein de la CSS témoigne également d’une longue expérience dans le secteur. Il y est arrivé en 1999, alors qu’il était encore stagiaire.


Parallèlement à ses fonctions professionnelles, Mor Talla est engagé au sein de l’AFCAS, dont il est aujourd’hui membre du bureau. Il s’est toujours intéressé à l’association et participe depuis plusieurs années à ses activités. Depuis la mise en place du nouveau bureau, il y a environ deux ans, il contribue plus directement à son fonctionnement. Il dispense également des enseignements au Sénégal et en Belgique.


« Le monde can­nier francophone en avait besoin »


Interrogé sur la relance du Prix de l’innovation, Mor Talla se montre particulièrement enthousiaste. Il estime que cette initiative répond à un véritable besoin au sein de la filière.

« Il y a un bon engouement, une vraie motivation des équipes et un retour positif des différents acteurs », souligne-t-il. Il anime notamment le groupe de travail consacré aux questions agronomiques et considère que cette dynamique collective constitue la bonne méthode pour faire avancer la filière.

Pour lui, le monde can­nier francophone accusait un certain retard sur ce type d’initiative. « Nous étions en retard sur ce sujet et maintenant, c’est bon », résume-t-il.


Il souhaite également saluer le retour du Prix de l’innovation et remercier l’équipe qui porte aujourd’hui cette initiative. À ses yeux, il s’agit d’une grande opportunité, qui avait été quelque peu délaissée et qui permet aujourd’hui de recréer des liens entre les professionnels, les chercheurs et les différents acteurs de la filière.

La relance du Prix de l’innovation apparaît ainsi comme une occasion de remettre la recherche appliquée au cœur des échanges, de valoriser les compétences locales et de créer de nouvelles passerelles entre le terrain et le monde scientifique. Pour Mor Talla, c’est aussi un moyen de donner toute leur place aux talents qui feront l’avenir de la filière cannière.